Soirée d'historiens

Publié le par Arkalys

Il est minuit pile. Je viens de rentrer, un peu fatigué, les paupières encore alourdies par la bière. Et dire que j'ai même pas marché de chez moi au métro. Le bus 64 me tendait les bras, d'un air de dire "bah au point où t'en es, paresseux..."

C'était censé être un 5 à 7. Comprenez une rencontre dans un bar, de 17h à 19h. L'assoc' d'histoire des cycles supérieurs de l'Université de Montréal avait invité leurs homologues des autres universités de Montréal : UQAM, McGill, Concordia à la Quincaillerie, pour boire un coup avant de s'en retourner sagement aux lectures et autres études. Moi j'avais prévu d'y faire un saut avant d'aller à l'escrime.
Arrivé à 17h20, une dizaine de personnes étaient déjà là. Ça s'est rempli assez vite. Interdiction de bouger les tables dans un bar vide, on monte à l'étage où on est plus tranquilles. Je retrouve des têtes connues, qui me présentent à d'autres têtes, inconnues celles-là.
Les discussions vont bon train, mais pour les nouvelles rencontres, l'accroche est systématiquement la même. On est tous des deuxième et troisième cycles d'histoire, ça élimine le "tu fais quoi dans la vie ?". On passe au stade supérieur : "tu travailles sur quel sujet ?". Je suis à chaque fois éberlué par la diversité des sujets. Retenons surtout, pour ce soir, l'introduction de la psychanalyse aux États-Unis, sujet on ne peut moins banal. Quant à moi, ça me fait toujours sourire de voir la tête des gens quand je leur dis que je travaille sur l'eau !

Le 5 à 7 se prolonge. A 18h55, tout le monde est encore là. Je regarde ma montre toutes les minutes, me disant qu'il faudra bientôt que j'y aille. L'asso d'histoire amène des pichets de bière, ça tombe bien, mon verre était vide. 19h15. Si je veux être à l'escrime, faut que je bouge de mon banc maintenant, tout de suite ! Au lieu de ça, un SMS pour avertir un de mes collègues que, la bière aidant, je ne serai pas en état de tirer ce soir. 19h45, je me dis que je rentrerai plus tôt, puisque j'étais pas à l'escrime. Mon oeil. Ça parle de tout et de rien : littérature, cartes Magic, pourquoi je suis venu au Québec et comment ça marche, la cotutelle de thèse.

La bière a beau être nourissante, je cracherais pas sur un peu de solide, d'autant que depuis quelques dizaines de minutes, les gens font un saut à la Banquise, juste à côté, pour se ramener une poutine à emporter. On envisage une expédition, repoussée pour la bonne cause : nouvelle tournée de l'association, nouveau remplissage de mon verre, qui doit être percé : je me souviens pas avoir bu si vite !!
Enfin on se lève. 10 minutes pour faire 1 mètre, puisqu'on discute en cours de route. Et enfin, la poutine tant attendue. Trois viandes, pepperoni, viande hachée et bacon. Étonnement bonne, si tant est qu'une poutine puisse être bonne. La Banquise a cet immense avantage d'être ouverte 24h/24. Nous sommes deux, Déréglé Temporel et moi, mais on est vite rejoints par d'autres historiens affamés. Les survivants de la Quincaillerie, ceux qui comme moi, ont renoncé à leur programme habituel d'études ou de sport (ou de danse...). Là encore, les discussions partent dans tous les sens. Je retiendrai particulièrement le coup d'Etat projeté par le Département d'Histoire pour s'emparer de tout leur étage (partagé avec les économistes qu'il faudra supprimer), puis du bâtiment de la Fac d'Arts et Sciences, dont les autres départements seront progressivement réduits en esclavage, à commencer par les démographes, notre Cheval de Troie pour infiltrer les autres filières.

La soirée se prolonge au Petit Medley. Sans moi. Fatigué, le ventre plein de bière, de frites, de fromage et de viandes, je me décide à rentrer. Il est minuit et vingt minutes. J'ai encore assez de conscience pour taper sans trop de fautes. Ça va pas durer. Bonne nuit.
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D
Les 5 à 7 d'étudiants ne se terminent JAMAIS à 7. C'est un concept importé du monde du travail, à où les gens ont des familles et doivent rentrer tôt. Nous on est des étudiants, c'est pas comme ça que ça marche. <br /> <br /> Moi j'en reviens à peine, du Petit Medley.<br /> <br /> D'ailleurs, dans le courriel diffusé pour annoncer le 5 à 7, c'était déjà bien clair: "dans le 5 à 7, le 7 n'est qu'une suggestion".
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