Le parc Jean-Drapeau
Commençons, une fois n’est pas coutume, par de l’histoire…Et de l’aménagement du territoire !
1967, Exposition universelle à Montréal. L’Île Sainte-Hélène (du nom de la femme de Champlain) est agrandie, remblayée avec le résultat de l’excavation du métro montréalais inauguré l’année d’avant. On y adjoint une autre « petite » île, Notre-Dame, où se trouvera le pavillon de la France et du Québec.
Puis viennent les XXIe Olympiades, en 1976. L’île Notre-Dame est augmentée d’un immense bassin pour les épreuves d’aviron. Du grandiose.
Aujourd’hui, ces deux îles sont regroupées sous l’appellation Parc Jean Drapeau (www.parcjeandrapeau.com). Ce complexe immense accueille notamment le circuit Gilles Villeneuve, la Ronde (un parc d’attraction), une piscine, le casino de Montréal et la Biosphère, un autre résidu de l’Expo de 67. D’une taille hallucinante, il a même droit à sa station de métro, et convient mieux aux cyclistes et patineurs qu’aux marcheurs s’ils désirent en faire le tour.
Pauvre piéton, je n’en ai donc visité qu’une infime partie, mais celle-ci a offert largement assez de distraction pour éviter que je ne sois gagné par la frustration d’avoir manqué quelque chose. Seule certitude, donc : j’y retournerai.
En descendant du métro, on se laisse volontiers guider par une série de panneaux présentant des photographies sur le grand Nord canadien et leurs occupants, animaux ou humains. Parfois explicites, parfois plus discrètes, les références à l’environnement, au réchauffement de la planète et à la mise en danger de la nature ne laissent pas de marbre. Même lorsqu’il n’y a pas de représentation ou de mention sur la légende en lien avec le thème de l’écologie/environnement, voir ces paysages et ces animaux sans penser qu’ils n’existeront peut-être plus dans quelques années nous y ramène, nous préparant à la Biosphère qui se dresse désormais devant nous, gigantesque boule métallique qui abritait le pavillon américain en 67 et qui était auparavant, semble-t-il, recouverte d’un habillage détruit par un incendie.
La Biosphère, ancien pavillon des Etats-Unis, réalisé par Richard B. Fuller et qui abrite aujourd'hui le musée de l'Environnement
A l’intérieur, le Musée de l’environnement. Petit, mais incroyablement didactique, clair et ludique. Dès l’entrée, le ton est donné : « Êtes-vous arrivés en métro ? Oui ? Alors c’est 6 dollars au lieu de 8 ». Le Géoguide sur le Québec affirme qu’il en est de même pour ceux qui sont arrivé à pied, à vélo ou en rollers. Toujours est-il que, logiquement, le Musée de l’environnement récompense les utilisateurs de moyens de transport non-polluants.
Puis, entrée dans une salle censée faire comprendre aux gens les arcanes de l’énergie hydraulique et de ses applications. Rien de folichon, me direz-vous. Faux ! Extrêmement amusant, car en pratique, cette salle est pleine de jeux d’eau à thème : vous pouvez tenter de marcher sur l’eau sur d’immense blocs de mousse, comprendre les implications de la modification d’un cours d’eau en faisant vous-même vos expériences, découvrir le phénomène des bulles tueuses, qui font régulièrement couler des bateaux en pleine mer, ou encore tester la poussée d’Archimède en assemblant des bateaux. Non, ce n’est pas informatisé, vous le tester vous-même, et vous vous mouillez souvent. Terriblement divertissant. Les autres salles sont plus proches d’un musée classique, sur le thème du bassin versant du Saint-Laurent et des Grands Lacs (expo contenant néanmoins de nombreuses activités et autres simulations via ordinateur), ou de la forêt boréale, avec de magnifiques photos. Au 5ème étage, des solutions d’hier et d’aujourd’hui pour préserver l’environnement dans la vie de tous les jours. Au 4ème, le belvédère ou vous pouvez admirer à 270° (les 90° sont accessibles au 5ème) la vue sur Montréal et son agglomération, sur le Saint-Laurent aussi. Grandiose. Première prise de contact avec la skyline montréalaise.
La salle sur l'hydraulique, antithèse de la représentation qu'on se fait d'un musée
18 heures. Une employée vient aimablement nous signaler que le musée fermait. On redescend tranquillement, flânant dans le hall d’entrée sans que personne ne nous chasse. Puis, un hot-dog acheté près du métro dans les mains, puis dans l'estomac, on s’assoit devant un bassin artificiel, tranquillement. Et la ballade continue. Direction l’île Notre-Dame en passant par de petits sentiers qui nous amènent sur une petite colline surplombant l’île Sainte-Hélène. Vue grandiose sur Montréal et son centre-ville.
Montréal Downtown, vu du Parc Jean-Drapeau
Puis, on traverse la passerelle pour marcher vers le casino. Longeant le circuit Gilles Villeneuve, accueillant le Grand Prix du Canada, on a la surprise d’apercevoir des marmottes locales (pas celles qu’on voit dans les Alpes) se balader tranquillement sur les surfaces engazonnées. La bestiole reste farouche, et pas moyen de faire une photo correcte. Puis, un parc magnifique précède le casino, qui était en 67 le pavillon de la France et du Québec. Je n'ai pas trouvé de renseignement à ce sujet, mais je suppose qu'il a depuis connu quelques modifications !
Le casino de Montréal...rien à voir avec Casino Royal !
On se demande si on pourra y entrer, habillés et équipés comme des touristes. La réponse est « Oui, mais… ». Il faut laisser son sac à la consigne. Les appareils photos sont strictement interdits. Vous ne verrez donc pas la débauche de couleur et de lumières, les centaines de machines à sous, les tables de blackjack, et celles de Texas Hold’em entièrement électroniques. En découvrant les clients, on comprend comment on a pu entrer avec notre accoutrement. James Bond en prend un coup, et il y a tout, du Chinois qui ne comprend rien au poker (moi non plus, mais j’ai pas la prétention de jouer !) au gros touriste encore plus mal habillé que nous. Presque pas de smoking, aucune robe de haute-couture. Les serveurs poussent des chariots de café et de jus d’orange. Il est où, le champagne ? Réponse : dans les carrés VIP, sans doute, où le poker se joue encore avec un réel croupier ! Que le peuple se contente des quelques dollars gagnés aux machines à sous, et du café !
Accompagnés d’une joueuse presque compulsive, on en ressort alors que la nuit est déjà tombée. Le trajet en sens inverse est effectué rapidement. La traversée se fait sur un autre pont, normalement réservé aux voitures. Dangereux, mais idéal pour prendre « Montréal by night ». Puis, retour à la station de métro, et enfin, à l’appartement. Les ballades ne sont jamais petites à Montréal. Mais le spectacle en vaut toujours la peine. Ce matin, je me suis acheté une passe hebdomadaire (oui, c’est comme ça qu’on dit UN pass » au Québec, et que les esprits mal-tournés gardent le silence) ce qui me permet de voyager sans limite sur le réseau de la STM. De belles ballades en perspective, et pourquoi pas, continuer la visite du parc Jean-Drapeau.
Montréal by night