Noël au Québec
De la neige en masse, des activités typiques (pour les touristes) du Québec, la famille…ce Noël aura été des plus mémorables. Déjà parce que ça fait très très très longtemps que je veux un Noël avec de la neige. Ensuite parce que ça m’aurait fait chier de passer Noël seul au Québec, et qu’au contraire, je peux faire des trucs que j’aurais jamais fait de ma vie, ou en tous cas, pas sans les payer direct de ma poche. Enfin, parce qu’il aura marqué la concrétisation du rêve de mon père : faire du traîneau à chiens au Canada…pardon, au Québec. Et puis, parce que Noël, de toutes façons, c’est cool !
Conduire un attelage tout en prenant une photo derrière soi...tout un art !
En parlant de rêve paternel, il n’est que temps de le réaliser. Dix heures, les chiens reviennent d’une première ballade. On s’installe sur les traineaux, chacun le sien sauf…mon père, qui se retrouve avec un attelage plus grand, mais pour deux, avec un des guides. L’autre nous explique comment manier le traineau, commander l’attelage, et nous informe que les chiens veulent tellement tirer et courir qu’on est mieux de planter l’ancre dans la neige (éviter la poudreuse) si on veut s’arrêter prendre une photo. C’est vrai qu’on dirait qu’ils ne demandent que ça.
La virée en elle-même est vraiment sympa. Mes chiens sont efficaces, sans plus. C’est pas ceux de ma frangine (puis de mon père) derrière moi, qui tiraient tellement qu’ils auraient pu me dépasser sans souci, et qui ont passé une bonne partie de la ballade entre mes jambes. C’est pas ceux dont a hérité ma mère, puis ma sœur, et qui se laissaient volontiers distancer de dix ou quinze…dizaines de mètres ! Les paysages sont exceptionnels. On passe à travers la forêt, sur des petits sentiers, moins escarpés que pendant la raquette, mais inaccessibles en skidoo, ce qui garantit une certaine tranquillité. Dans les côtes, faut pousser un peu pour aider les chiens, ce qui est normal. Et l’arrivée est digne d’une course. Sans doute pressés d’arriver pour manger, ils deviennent incontrôlables, et c’est au premier attelage qui arrivera à l’auberge. Seule vraie sensation de vitesse, sur l’étendue gelée et enneigée du lac blanc, certainement pas la seule sensation agréable de cette virée. Et puis, chose qui n’a rien à voir mais un peu quand même, je trouve les huskies magnifiques !
L’aprem, après une pause « petits gâteaux de Noël alsaciens » qui me rappellent à chaque fois qu’il y a quand même des inconvénients à vivre loin de ses parents (mais pas tant que ça, puisqu’ils m’en ramènent au nez et à la barbe des douanes canadiennes), on fait une petite virée en raquette. Hé bien, aussi intelligents qu’aient été les amérindiens en inventant ces bidules, quand il y a cinquante centimètres de poudreuse, et qu’on s’y enfonce jusqu’aux genoux, c’est quand même épuisant de marcher avec ça !
Le soir, plantureux repas où s’enchainent truite fumée, potage, caille, cerf rouge et fromages du pays, tout cela d’un absolu délice. Et le clou de la soirée, avant un dessert café-chocolaté, Papa Noël débarque, annoncé par un « Ho ! Ho ! Ho ! » tonitruant. Bon, il est pas pour nous mais pour des maudits Parisiens pas spécialement avenants. Mais au retour, il se prête volontiers au jeu des photos, et après avoir fait passer ma frangine, ma mère et moi sur ses genoux, il décide de faire un tir groupé, et c’est aux parents de s’asseoir sur ses rotules !
Le Père Noël, icitte, a un hostie d'accint !
De retour dans la chambre, échange des cadeaux. Et quand je dit « échange, », c’est vraiment un échange, pour le coup. Choisi par mon père, de la part des parents, je reçois le dernier Ken Follet, Un monde sans fin, la suite de l’excellentissime Les piliers de la Terre. Exactement le même livre que je me suis empressé d’acheter pour mon papa au Salon du Livre de Montréal, vu qu’il y avait des exemplaires signés par l’auteur himself. Je suis donc arrivé à l’auberge avec un exemplaire emballé du bouquin, et je repars avec un autre exemplaire déballé, le mien celui-là. Sinon, en vrac, un réveil, un plaid estampillé Pourvoirie du Lac Blanc pour affronter les rigueurs de l’hiver montréalais, et une mise en BD du chef-d’œuvre de Robin Hobb, L’assassin royal. Ca vaut pas les dessins de John Howe, mais ils sont très bons quand même et assez fidèles à la représentation que je me faisais des personnages et de l’univers. Estimation très personnelle du nombre de tomes restant à paraître : 30 au moins s’ils font toute la saga.
Le lendemain, départ pour une virée en skidoo. Engoncé dans une combinaison « grand froid » qui est une synthèse parfaite de vêtements de moto et de ski, me voilà à califourchon sur une machine flambant neuve, équipée de poignées chauffantes en prime. Temps magnifique, neige légèrement croutée par une pluie qui est tombée une bonne partie de la nuit, rendant la conduite délicate mais pas tant que ça, la sensation est délicieuse. Absolument génial, ce mélange de vitesse et de découverte de paysages insoupçonnés. Certaines étendues de neige ressemblent, après avoir reçu le traitement décrit ci-dessus, à de la neige « Pixar », comme modélisée en 3D, lisse, brillante et homogène. Le guide, le trappeur qui nous avait accompagnés à notre première sortie en raquettes, s’éclate autant que nous. Il aurait bien continué toute la journée, et tracé direction la Gaspésie. Moi aussi ! Le Père Noël avait pas mis grand-chose sous le sapin, mais on le pardonne : les chiens de traineau et le skidoo, c’est tendu à caser sous un conifère d’intérieur.
Petite pause à mi chemin
L’après-midi, pêche blanche. La pêche a-t-elle une couleur ? Dans l’hiver québécois, oui ! C’est en fait de la pêche sur lac gelé. Rien de très compliqué. En ce début d’hiver, le lac prévu à cet effet pullule de truites spécialement nées pour être attrapées par des touristes en quête d’activités typiques. Je précise, pour éviter que tous mes potes québécois me tombent dessus à bras raccourcis, que ça veut pas dire que tous les québécois font de la pêche sur glace, loin de là. Moi-même, j’ai encore jamais fait les vendanges, ça veut pas dire que c’est pas typiquement alsacien (ou champenois/bouguignon/bordelais/languedocien – rayez la mention inutile). Pour nous initier à cette pratique, le Père Noël débarrassé de son manteau rouge et de son embonpoint. Lui, il pratique depuis qu’il a quatre ans ! Pensez-donc si ça le connaît.
Ma première prise de ma vie...Et sans doute ma dernière
La technique est simple. Deux bouts de bois formant un balancier, la « brimbale », au bout de laquelle est fixé un fil, avec un hameçon muni d’un bout de ver et un plomb. Un trou dans les soixante ou soixante-dix centimètres de glace fait à la foreuse, et une patience à toute épreuve : une des cinquante-six mille truites mordra forcément à l’appât au bout d’une minute. Puis un coup sec pour ferrer, sortir le hameçon de la bestiole et attendre qu’elle meure (de froid, c’est encore plus rapide que l’asphyxie).
Puis, on laisse Stéphane, notre guide, rallumer un feu au chalumeau et préparer la tambouille. Les filets de truite arc-en-ciel, cuits au feu de bois avec du bacon et des oignons, sont absolument délicieux. Un peu difficile à manger avec les gants, quand même, mais ça valait le coup ! Et voir le soleil se coucher sur le lac, en fin de journée, c’est de toute beauté.

En un mot comme en cent, deux jours de Noël (oui, le 24 pour moi, c’est aussi Noël) inoubliables, grâce à ma famille, au personnel de la Pouvroirie du Lac Blanc vraiment très très très sympathiques, et un peu à moi, quand même. Bah ouais, si j’étais pas parti étudier à Montréal, mes parents seraient jamais venus me rejoindre pour les fêtes !
Ah oui, au fait ! Joyeux Noël !